L’intrus dans la maison

Seconde nouvelle des « Griffes du dernier sommeil »

 

par Erwan Le Goffic / octobre 2003

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Faisant suite à la nouvelle « La cave » / août 2003.La lecture de cette dernière n’est néanmoins pas obligatoire pour la compréhension de cette nouvelle.

 

ATTENTION : je déconseille fortement cette nouvelle aux personnes sensibles, cette dernière comportant certains passages morbides.

    

     « Mort ! Il est mort, tu comprends ça ? Tu l’as vu pourtant, son petit corps étendu, inanimé : T’en as hurlé, et à l’enterrement tu en as pleuré, d’ailleurs ça tu sais très bien le faire : pleurer ! N’empêche que tu pourrais te vider de ton eau tant que tu voudras, mais ça ne le ramènera pas ton gamin ! Ton gosse il est six pieds sous terre, dans une boite en bois, en train de se décomposer. Et oui, petit à petit, il pourrit ! Il faudra bien te faire à cette idée ma belle ! Ca doit quand même te faire du mal de penser que la chair de ta chair n’est plus et se fait bouffer par les vers, t’aurais du l’incinérer c’est moins dégueulasse ! T’imagines quand même : Tu l’as porté en toi, tu l’as nourri, élever, aimé ! avec tant d’énergie. Et tout ça pour quoi au final ? Pour un tas de viande morte qui moisit sous terre, elle est pas belle la vie ? C’est quand même moche d’être mort si jeune, de toute façon il serait mort un jour ou l’autre ! tout n’est qu’une question de délai avant la condamnation ! Mais huit ans, c’est peu quand même… Tu ne le verras jamais grandir certes, mais surtout tu ne le verras plus te faire un sourire le matin quand tu viens le réveiller pour l’école ; Tu ne le verras plus manger ses tartines ; Tu ne l’entendras plus jamais jouer dans le jardin ; Tu n’iras plus jamais te promener avec lui pour lui faire découvrir ou revoir de nouvelles choses ; Tu ne toucheras plus jamais sa douce peau : Tu aimais tendrement lui caresser la joue quand tu allais le border le soir ? eh bien tout ça c’est fini, tu entends ? FINI pour TOUJOURS ! Tu aimerais lui caresser la joue de nouveau, hein ? tu aimerais sûrement moins le contact de sa chair en décomposition ! Je sais, c’est dur d’accepter que ce qui à été n’est plus, c’est la vie… à croire que la vie n’est que dure et triste finalement… Hein Carole ? la mort c’est sûrement plus reposant tu sais. Ca te dirais ? … Au fait, arrête de rester tête pendante comme ça, regarde moi… regarde moi…. PUTAIN je t’ai demandé de ME REGARDER, SALE GROGNASSE ! ».

 

   « Aaaaahhhhhhh » !

   Carole hurla, sortant de son cauchemar. Ce qu’elle y avait vu en levant la tête l’avait horrifiée : Ce qui lui parlait et se tenait devant elle était une bête, massive, velue et noire, aux yeux jaune sale, le regard fixe, maintenu vers le sien. Il hurlait après elle et sa gueule proéminente s’ouvrait et se fermait par saccades comme un chien qui aboie, laissant voir par intermittences ses longs crocs plus rouges que blancs.

« Click ! »

   Marc avait allumé la lumière, s’était mis assis sur le lit et fixait Carole d’un regard ahuri.

   « Carole ?

   - …

   - Carole ? Ca va ma chérie ?

   - Nan….pfff… cauchemar… terrible encore un fois.

   - Heu… ça ne m’étonne pas vu le cri que tu viens de pousser.

   - J’en tremble encore….horrible… horrible je te dis.

   - Tu sais moi aussi je fais des cauchemars par rapport à Nicolas. Tiens, la nuit dernière je rêvais qu’il partait de la maison et….

   - Non, là c’était ignoble ce dont j’ai rêvé, c’était le plus horrible que j’ai fait… Marc, j’en peux plus.

   - Je sais.

   - Ca fait deux semaines maintenant, et plus le temps passe, moins je me sens bien.

   - … heu ….

   - Tu comprends ? Plus le temps passe, et plus je me rends compte qu’on ne reviendra jamais en arrière. Que c’est fini Marc, plus jamais on ne reverra notre fils, non plus jamais ! »

   Carole se mis à pleurer, elle se tenait assise sur l’oreiller, adossée contre le mur. Elle avait le dos courbé, la tête penché vers le bas. Elle se mettait à tressauter, comme si quelqu’un de cruel lui infligeait de petites décharges électriques. Marc, ému et attristé par l’image de sa femme, là, devant lui, complètement anéantie, lui prit doucement la main et baissa la tête pour chercher son regard.

« Je… ne….Ma chérie on est deux à souffrir... Viens dans mes bras »

Il s’enlacèrent, Carole lui paraissait aller mieux, elle avait arrêter de tressauter à cause des sanglots, mais continuait de pleurer. Subitement, Carole releva la tête et plongea son regard dans celui de Marc, elle le regardait fixement, d’un visage figé, sec, très sérieux malgré les larmes qui coulaient encore de ses yeux. Marc la regardait un peu hébété de la voir prendre si subitement un visage si sérieux et implorant en même temps.

   « Marc, à quoi ça sert tout ce qu’on fait ? A quoi ça sert notre vie ?

   - Pourquoi me pose tu cette question ?

   - On finira comme lui, tôt ou tard, ça me torture l’esprit, c’est égoïste, mais… en plus de l’avoir perdu, je n’arrête pas d’y penser… Je suis en train de devenir folle Marc !

   - Calme toi ma chérie, tu est malheureuse… Du coup tu broies du noir.

   - …

   - Tu sais on est deux.

   - …

   - Je t’aime.

   - Moi aussi Marc. »

   Les larmes se mirent à couler plus abondamment par les yeux de Carole. Ils étaient tous les deux assis sur leur oreiller, enlacés, Marc lui caressait le dos de pour la consoler. Les minutes passèrent, au fur et à mesure Carole retrouva son calme. Marc, lui, ne pleurait pas, ça n’est pas qu’il n’avait pas envie, mais bon, il essayait de ne pas le montrer devant Carole. L’idée que Carole le voit dans cet état là le dérangeait. Pourtant un soir, la semaine dernière, alors qu’elle était dans leur lit à l’étage à lire avant de dormir, elle eu envie de descendre pour se faire une petite tisane : Ca lui faisait du bien pour dormir, et malgré la mort de Nicolas, il fallait bien qu’elle dorme ! Elle était descendu, et arrivée en bas, elle avait entendu des sanglots. Elle avait marché dès lors à pas de loups, elle avait ouvert la porte lentement, doucement. Elle avait entraperçu Marc, allongé en chien de fusil sur le canapé, la tête dans les mains, en train de pleurer. Elle n’était pas entrée, avait fermé très doucement la porte, et était remonté se coucher.

   « Et si on essayait de se rendormir ?

   - Je ne veux pas t’embêter Marc, mais bon… je risque d’avoir du mal. »

   Marc se remis en position allongée, Carole restait assise.

« Je peux éteindre la lumière ?

   - Heu, attends. »

   Alors Carole se mis à son tour allongée, se tourna sur le côté et tendrement enlaça Marc qui doucement fit de même. Elle tendit le bras, marqua une hésitation un peu avant de se plonger dans l’obscurité - son cauchemar lui faisant encore peur - puis éteignit la lumière.

 

   Les yeux ouverts, plongé dans ses pensées, le temps passait et Marc s’était rendormit assez vite… Le « tic tac » du réveil lui donnait le tournis à n’entendre que ce son régulier régner dans le silence de la nuit.

     (Mais elle ne dormait pas).

     Il fait si noir, est ce que ça n’est pas là, caché quelque part ? Peut être est il là, juste à côté de moi à me regarder ?… Putain je débloque ! on se calme, ça n’est pas possible, je suis seule là avec Marc, je n’ai rien à craindre… Hmmm … Et s’il attendait que je bouge pour se jeter sur moi !… Bon ben je ne bouge pas ! … Pfff, je ne vais pas réussir à dormir comme ça, j’ai encore le son de sa voix dans la tête ! cet espèce de grognement quand ça avait l’air de respirer, son ton de voix était si rauque, si grave… Et tout ce que ce truc m’a dit… si je me rendors et que ça recommence… Comme si réveillée je n’y pensais pas assez ! Comme si j’avais besoin qu’on me rappelle ma douleur même pendant que je dors. Ca paraissait tellement vrai, j’en ai encore mal au ventre tellement ce qu’il m’a dit m’a fait mal… Bon dieu je dois en prime subir des cauchemars pareil … bon dieu… pourquoi… à quoi ça sert…hein ?… Comme si…je n’avais… pas assez… mal… Doucement elle se laissait glisser dans le sommeil, elle se sentait partir, elle s’en rendait compte et ne voulait rien faire contre : L’idée de passer quelques heures loin de sa vie, réfugiée dans le sommeil, l’apaisait : Depuis que Nicolas était mort le sommeil était devenu un échappatoire pour elle.

 

     Alors qu’elle perdait lentement conscience et sombrait vers le sommeil, son attention fut soudainement retenue par un bruit de grincement : Hein ? Qu’est ce que c’était  ? mais qu’est ce que c’ était ? … bon je me calme, ce n’est qu’un bruit et je dormais à moitié, donc.. .DONC CA VENAIT D’EN BAS…. Non, ça venait de ma tête…. NON ! CA VENAIT DE LA PORTE DE LA CAVE, TU N’EN A PAS RECONNU LE GRINCEMENT ?… La maison est fermée de partout, et personne ne viendrait…. PERSONNE ? ET PARCE QUE TOUT EST FERMÉ ! TU EN ES SÛRE QUE CA SUFFIT ?…Bon je me calme, je me calme, je dormais à moitié, ça m’est déjà arrivé d’imaginer des bruits dans ces moment là, il faut que j’arrête de paniquer… Et si c’était vraiment la porte de la cave, elle aurait très bien pu s’ouvrir à cause d’un courant d’air. Ca arrive souvent en journée alors pourquoi pas la nuit ? Et puis est ce que ça venait vraiment d’en bas ce son ? Je n’en suis même plus sûre. Bon… le mieux à faire c’est peut être de continuer à essayer de dormir.

 

     Comme elle commençait à avoir trop chaud ainsi collée contre Marc, elle pivota. Maintenant allongée sur le dos, elle regardait le plafond… sans toutefois le regarder vraiment : elle avait les yeux grand ouvert, mais ne voyais rien à cause du manque de lumière. Elle restait là, à observer les ténèbres, pensive : « Il pourrit… il est mort… plus jamais»… Pourquoi j’ai fait un rêve comme ça, j’ai encore plus mal qu’avant. « il pourrit »… c’est insupportable cette image, je ne vais plus réussir à me l’enlever de la tête. Mon chéri, mon bébé chéri, il ne peut pas être en train de pourrir, non, je ne pourrais pas vivre avec cette idée en tête… Non, c’est son corps qui pourri, ça n’est pas vraiment lui, pas mon enfant… Les yeux de Carole laissaient verser sans bruit un léger flot continu de larmes, qui commençaient à former deux auréoles sur l’oreiller. Tombé dans l’escalier, juste tombé dans l’escalier ! Et il en est mort. A cause d’une chute dans un escalier je ne reverrai plus jamais mon fils de ma vie, pour lui tout est fini, il ne reviendra jamais… Pourquoi je fais tout ça tous les jours ? de toute façon je finirai aussi comme ça, quoique je fasse… Un jour ou l’autre tout sera fini, la fin de la bobine du film, plus d’image, plus de son, plus rien… Bon dieu, un jour je m’en irai moi aussi, et le monde continuera sans moi, oubliée de tous… Tout s’arrêtera net ?!? Oooohhh, et Nicolas, mon fils, mon amour chéri, c’est le néant pour lui aussi ?!?… Hé ! il faut que je pense à autre chose là ! Je dérape, je vais continuer à m’enfoncer si je continue à penser comme ça. Déjà j’ai arrêté d’être obsédée par l’idée de me suicider. C’est marrant, mourir me fait même peur là ! Bah ça doit être à cause de ce fichu cauchemar ! « salle grognasse » que ça m’a dit, franchement quand je pense que c’est moi qui rêvait… Je m’auto insultait alors ! Carole sourit, lentement elle passa le dos de sa main sur ses yeux pour les sécher, elle souriait toujours, contente de trouver un tout petit peu de rire au milieu de ce flot d’idées noires qui avait tendance à ne jamais s’interrompre depuis les deux semaines écoulées depuis le jour de « l’accident ».

 

     Carole se calmait progressivement, elle se sentait de nouveaux mieux. Cela la rendit très réceptive, et quand elle entendit un nouveau bruit, son sang ne fit qu’un tour : Comme si son corps était parcouru d’une décharge électrique, elle se crispa d’un coup, ses poils s’hérissèrent, ses mains se contractèrent, ses doigts creusant le matelas. Le son qu’elle entendit ne fit qu’un tour dans son esprit : elle était sûre que le son qu’elle venait d’entendre venait d’un des placards de la cuisine qu’on venait d’ouvrir : Il y a quelqu’un, j’en suis certaine, il y a quelqu’un, ce bruit ne s’est pas fait tout seul. Je n’ai aucun doute, il y a quelqu’un dans la cuisine, j’ai reconnu ce bruit c’est sûr… Qu’est ce que je fais ? Mon dieu qu’est ce que je fais ? Et s’il n’était pas seul ! et il fait si noir ici !… et… mon dieu ! s’il y avait quelqu’un ici, dans la chambre ! Carole fut prise d’une violente et forte poussée de panique, il fallait qu’elle allume la lumière et vite, l’interrupteur était du côté de Marc. Elle avait peur de passer par dessus Marc pour atteindre l’interrupteur : Et s’il attendait que je bouge ! Ne sachant pas quoi faire, impulsivement elle se saisit du poignet de Marc et serra fort. Marc gémit et se réveilla brutalement, pris par la surprise, il alluma la lumière. Carole ouvrir grand ses yeux et regarda très rapidement autour d’elle, elle s’attendait à voir fondre le voleur ou tout autre chose sur elle, mais il n’y avait rien, et la porte de la chambre était bien fermée.

« Qu’est ce qu… »

     Dès que Marc commença à prononcer ces mots, Carole se tourna vers lui, et lui mis sa main sur la bouche d’un geste rapide. Marc écarquilla les yeux, et avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, Carole prit la parole, parlant vite et à voix basse, elle fixa Marc pendant tout ce temps, comme pour l’empêcher de lâcher son attention pendant qu’elle parlait.

     « Chuuuttt ! Tais toi ! ne fais aucun bruit ! Il y a quelqu’un, j’ai entendu la porte de la cave, et dans la cuisine…le son des placards… j’en suis sûre Marc. »

     En fait elle se sentait déjà un peu moins sûre, elle se sentait moins paniquée maintenant que Marc était    réveillé et que la lumière était allumée. Du coup, elle enleva lentement sa main de la bouche de Marc, elle ne savait plus trop quoi dire, et se sentait un peu bête d’avoir réagit avec tant de panache, en même temps elle avait toujours peur.

     « T’en es sûre ? tu sais t’as peut être cru entendre, mais tu sais quand on dort à moitié on imagine parfois des choses.

     - Heu, écoute j’ai vraiment eu peur Marc, j’ai vraiment eu l’impression d’entendre un des placards de la cuisine… Je débloque peut être… mais s’il y avait quelqu’un…

     - Tu veux que j’aille voir ?

     - Ah oui, vraiment, oui. »

     Carole avait répondu sans aucune hésitation, rassurée, elle resta calme pendant quelques secondes. Marc attendait sans bouger qu’elle dise quelque chose. Puis elle le regarda :

     « Je veux venir avec toi, je ne veux pas rester seule, j’ai trop la frousse, je me sens pas bien avec tout ça.

     - De quoi veux tu avoir peur, ce n’est pas en bas dans la cuisine que tu as entendu des bruits ? Il n’est pas à l’étage alors !

     - Et s’il y en avait plusieurs ?

     - Oulala, tu devient parano… bon allez on y va tous les deux si c’est ce que tu veux. »

     Marc se leva lentement, le réveil marquait trois heures du matin, il était nu ainsi que Carole : ils avaient toujours dormis comme ça, même avant de se connaître. Carole mettait sa robe de chambre pendant qu’il enfilait un caleçon et un vieux tee-shirt qu’il portait souvent quand il faisait froid la nuit. Ils faisaient attention à ne pas avoir de mouvement brusques pour ne pas faire de bruit. Carole avait peur, Marc entendait sa respiration : elle était forte et saccadée. Lui, il n’avait pas entendu les bruits, il dormait, mais l’état de panique de sa femme l’inquiétait et le mettait quand même en alerte malgré tout.

     « Je veux bien qu’on descende voir, Carole. Mais on ne va pas y aller sans rien pour se défendre !

     - Je ne vois pas ce qu’on pourrait prendre… »

     Marc réfléchit sans bouger quelques secondes. Puis se baissa, prit son pantalon qui traînait sur le sol, en enleva la ceinture, et la montra à Carole.

« C’est toujours mieux que rien, non ? »

     Carole inspirée par l’idée de Marc pris une de ses chaussures à talon qui étaient alignées près de l’armoire.

« Mouais ! » Dit Marc « on à pas l’air fin comme ça, tu ne trouves pas ?! ».

     Carole eu un petit rire, étouffé pour ne pas faire de bruit. Marc était content de l’avoir fait rire un peu, son état de panique l’inquiétait… soit il y a quelqu’un, soit  elle commence à divaguer, pensait il.

     Ainsi armés, Marc pris la poignée de la porte, ils s’apprêtaient à sortir.

 

     Marc saisit doucement la poignée, puis la tourna lentement. Le ressort de la poignée émis un léger grincement.

     « clic »

     Le pêne sorti du gâche, Marc s’arrêta quelques secondes à l’écoute de mouvements éventuels derrière la porte, mais n’entendit rien. Il se retourna, pointa la lampe de chevet du doigt pour faire signe à Carole d’éteindre la lumière de la chambre. Elle s’exécuta.

      Doucement il tira la porte vers lui.

     Dans le couloir, à travers la fenêtre de la cage d’escalier, la faible lueur de la nuit laissait discerner les formes du couloir. Malgré tout la lune était dans ses premiers quartiers, le manque de lumière se faisait sentir. Carole chuchota :

     « Marc, on ne voit pas grand chose.

     - Je sais, on à qu’à allumer la lumière ?

     - Et s’il y a quelqu’un, on ne pourra pas le surprendre, et je ne pense pas qu’on puisse faire grand chose avec ce dont on est équipés pour se défendre !

     - Tu veux qu’on descende dans le noir ?

     - Oui.

     - Bon… pfff… d’accord… dans ce cas attends un peu. »

     Marc retourna dans la chambre plongée dans les ténèbres, et chercha à tâtons son pantalon. Il s’en saisit, fouilla dans ses poches, et en sortit un petit briquet. Il l’alluma et regarda vers Carole.

     - « Ca ira avec ça ? On y verra quelque chose au moins !

     - Heu… oui, d’accord. »

     Carole état un peu étonnée de l’avoir vu sortir un briquet de sa poche : il avait arrêté de fumer depuis deux ans maintenant. Malgré tout elle ne voulu pas faire de remarques, elle avait déjà assez honte de son propre comportement, qu’elle trouvait au fond assez gamin, mais elle avait peur : Si on allumait la lumière, ainsi à découvert, qui sait qui aurait pu leur sauter dessus !

     En faisant bien attention à marcher doucement pour ne pas faire craquer le bois des marches, lentement, ils descendirent les marches de l’escalier. L’air était plus frais au rez-de-chaussée, Marc eu la chair de poule, Carole s’emmitoufla dans sa robe de chambre, tout en serrant avec force sa chaussure à talon.

     Arrivé au palier, Marc fit passer son briquet de gauche à droite, puis de droite à gauche : Son regard suivait l’éclairage du briquet, les sourcils froncés par l’attention qu’il mettait à observer le moindre recoin… Mais il ne vit rien d’anormal.

     Il ne dit rien, Carole non plus. La pénombre, le silence de la nuit, la seule faible lumière du briquet : Tout cela pesait sur leurs nerfs, et alimentait leur peur grandissante.

     Il mit sa main tendue devant le visage de Carole pour lui signaler de ne pas bouger : la porte de la cuisine était entrebâillée, rien de bien anormal, mais il fallait maintenant y entrer pour vérifier qu’il n’y avait rien. Il s’avança jusqu’à la porte, plaqua sa main dessus, et poussa tout doucement, elle ne fit aucun bruit en pivotant, Marc voyait maintenant la cuisine éclairée faiblement par la flamme de son briquet, il s’attendait à ce que quelqu’un surgisse de cette demi pénombre et lui bondisse dessus. Promptement, il regarda sous la table, ne vit rien, et sans demander quoi que ce soit à Carole, cédant à la panique, il alluma la lumière de la cuisine d’un geste rapide de la main. La lumière leva le voile sur sa peur : Il n’y avait personne dans la cuisine.

 

     « Tu m’as fait peur Carole, mais viens dans la cuisine voir, il n’y a personne. »

     Gênée, son visage en rougissant quelque peu pour le coup, elle s’avança à pas lents jusqu'à la cuisine. Emmitouflée dans sa robe de chambre, elle cherchait à gagner un peu de temps pour trouver les mots afin de moins paraître ridicule. Elle pu constater par elle même qu’il n’y avait rien d’anormal dans la cuisine, et tous les placards, même de ceux qu’elle croyait avoir entendus, étaient fermés. Elle ne savait toujours pas quoi dire, Marc la regardait d’un air calme, sans paraître moqueur. Elle paraissait vraiment gênée, et voyant qu’elle ne parlait pas, il entreprit de la rassurer un peu.

     « J’ai bien flippé, tu avais l’air si terrorisée que ça m’a paniqué aussi… Bon tu vois, il n’y a rien, tant mieux, non ? Tu sais, c’est pas grave, ça peut arriver de paniquer, on perd un peu la boule avec tout ça, il n’y a pas de honte à avoir.

     - Oui c’est vrai on perd la boule » dit Carole avec un sourire qui lui était revenu.

     Elle se sentait mieux, Marc l’avait déchargée de sa gène d’avoir eu peur pour rien. Rassurée, elle regardait Marc dans les yeux en souriant.

     « Tu es vraiment gentil avec moi, merci. Heureusement que tu es là. »

     - Heu… tu sais, heureusement que tu es là aussi.

     - Tu ne va pas si bien que ça non plus, hein ?

     - C’est vrai que ça n’est pas la fête tous les jours, en effet.

     - Le briquet dans ta poche… tu as repris la cigarette ?

     - Heu… oui.

     - Depuis l’accident ?

     - Depuis ce jour je perds pieds, je ne sais plus trop quoi faire pour aller mieux... Je fumais pendant la journée, quand je n’étais pas à la maison, pour ne pas que tu te rendes compte… Bah, c’est pas ça qui m’a fait aller mieux en plus.

     - Si on en parlait… Ca te ferais peut être du bien, non ?

     Marc baissa la tête, regardant se pieds, resta quelque secondes sans bouger. Puis releva la tête, fixant la fenêtre, fuyant ainsi le regard de Carole. Lèvres serrées et visage crispé, ses yeux brillaient, il les ferma avec force, front plissé. Il prit une grande inspiration, puis sans tourner la tête, s’adressa à Carole.

     « C’est vrai que je n’ai pas laissé paraître mon chagrin tant que ça, je suis con, ça ne m’avance à rien. On vis à deux, et moi je m’enferme, croyant que tout seul j’arriverai à encaisser le choc, alors que je n’y arrive pas. C’est l’inverse j’ai l’impression de m’enfoncer un peu plus chaque jour. »

     Emue par son mari, elle tendit doucement les lèvres vers Marc, celui-ci en retour l’embrassa tendrement et l’enlaça. Elle ferma les yeux pour mieux apprécier ce moment de tendresse retrouvé.

 

     Etreints tous les deux, plongés tout d’abord dans un bouche à bouche, qui de tendre, devenait plus puissant, plus intense. Marc fit glisser ses mains sur les fesses de Carole : Bon dieu, ça fait plus de deux semaines qu’on à rien fait ! Ce que ça fait du bien ! Ce que j’en ai besoin ! Carole quand à elle caressait de plus en plus vigoureusement le dos de Marc, elle aimait caresser son dos fort et puissant, elle aimait tâter ce corps d’homme, le corps de l’homme quelle aimait. Elle fut heureuse quand elle senti les mains de Marc au bas de son dos, elle ne fit rien pour le repousser : Ce que j’ai envie de refaire l’amour avec lui ! Ce que j’en ai envie !

     Leurs mains se crispèrent, ils arrêtèrent subitement de s’embrasser. Le visage paré d’effroi, ils se regardèrent :

     « Tu as entendu ?

     - Oui.

     - J’ai peur Marc !

     - Le bruit venait de la chambre du bas je crois.

     - Le lit… je suis sûre d’avoir entendu le lit de la chambre d’amis grincer sur le sol.

     - Bordel ! ça ne peut pas être le vent qui ferait bouger le lit ! T’as raison, il y a quelqu’un dans la maison. »

     Marc sans dire mot, se dirigea vers les étagères, ouvrit un des tiroirs, et en sorti un gros couteau de cuisine. Carole écarquilla les yeux.

     « Heu, tu ne va quand même pas …?

     - Et si on à a se défendre ? Ce peut être un voleur, ou je ne sais qui, mais s’il nous agresse ? Franchement je me sentirai mieux avec ça. Je vais voir de quoi il en retourne dans la chambre, tu ferais bien de prendre un couteau aussi, on ne sait jamais »

     Marc n’attendit pas qu’elle s’exécute et retourna dans le couloir. Carole, ne voulait pas rester seule, surtout pas. Elle trottina vers le tiroir, fouilla rapidement et en sorti un autre couteau, plus petit que celui de Marc : il avait pris le plus gros. Elle s’empressa de rejoindre Marc qui l’attendait dans le couloir : Il y avait allumé la lumière, il regardait Carole d‘un air décidé. Une fois qu’elle fut à côté de lui, il s’avança jusqu’à la porte de la chambre d’amis, elle était entrebâillée, il faisait noir à l’intérieur. Marc s’arrêta et baissa la tête, pensif, il respirait fort. Carole sentait qu’il était en colère, mais comme il marquait une pause devant la porte, il ne lui fit pas de doute qu’il avait peur.

     Il prit une grande inspiration, leva la jambe droite, et poussa violemment la porte du pied, cette dernière cogna violemment contre le mur en s’ouvrant, la lumière du couloir éclairait maintenant faiblement la chambre, mais il n’y avait personne de visible. D’un geste prompt Marc passa la main par l’encadrement de la porte et alluma la lumière de la chambre, ainsi pleinement éclairée, il se risqua à avancer d’un pas : Il avait peur que ce sale type puisse être planqué dans un recoin à attendre le moment pour se jeter sur lui. Il tourna la tête sur le côté, mais il n’y avait personne collé au mur attendant qu’il passe le pas de la porte. Il fit le tour du lit, pour voir si il pouvait être couché là, il regarda aussi sous le lit, dans l’armoire, vérifia que les volets étaient bien fermés… mais rien, personne. Carole était entré dans la chambre et le regardait l’air désœuvré.

 

     « Toujours personne ?

     - Personne… Ca commence à m’énerver cette histoire. »

     Marc revient vers Carole, passa de côté, retourna dans le couloir, et se tint debout devant les escaliers.

     « Il y a quelqu’un ? … Eh oh, il y a quelqu’un ici ? »

     Il n’obtint pas de réponse. Carole, voyant cela, s’avança jusque derrière lui et passa une main sur son épaule : Elle voulait apaiser son mari, il s’énervait. Et même s’il n’était pas d’un naturel violent, un homme énervé avec un gros couteau de cuisine à la main ne lui inspirait pas confiance.

     «  Marc, il est peu être parti, non ?

     - Bah, comment veux tu en être sûre ! Comme si on avait besoin de ça en ce moment. »

     Carole ne répondit pas, ils restèrent un peu de temps sans bouger, Carole accrochée au dos de Marc.

     « Bon, il y a quelqu’un ici ou pas à la fin ? », repris Marc, d’un ton sévère.

     En réponse, à l’étage, le « dring » continu d’un réveil se déclencha.

     « Heu, Carole, on n’avait pas mis le réveil à sonner à cette heure, hein ?

     - A moins que je me sois trompée, il ne devrait sonner qu’à sept heures… il n’est que quatre.

     - T’es sûre ?

     - A peu près oui, de toute façon je n’en ai pas changé l’heure de réveil depuis longtemps.

     - Bordel.

     Serrant son couteau fortement, il monta en courant l’escalier, arrivé à l’étage, il ouvrit prestement la porte de leur chambre, tout en tendant le couteau devant lui. Il s’arrêta pour être sûr de bien entendre, il n’y avait pas de réveil qui sonnait dans leur chambre, non, ça venait de la chambre de Nicolas. Il sorti de la chambre, se tenant sur le pas de la porte, il regardait Carole remonter l’escalier : emmitouflée dans son manteau, tenant son couteau à la main. La sonnerie du réveil continuait, incessante, et dans le silence de la maison, en pleine nuit, ce son donnait la chair de poule à Carole.

     - Ca vient de la chambre de Nicolas.

     - Quoi ! Heu… oui tu as raison.

     - Putain, je n’aime pas ça C    arole. Qui c’est qui pourrait nous faire ça ? pourquoi en plus ?

     Sans attendre de réponse, il se dirigea vers la porte de la chambre de Nicolas, cette dernière était fermée. Marc en saisit la poignée et l’ouvrit - cette fois-ci - calmement. Le réveil sonnait toujours, maintenant que la porte était ouverte, le bruit était plus fort, Marc alluma la lumière, entra dans la chambre, et calmement se dirigea vers la table de nuit, il se saisit du réveil et appuya sur le dessus, la sonnerie s’arrêta. Marc regarda autour de lui : Il n’y avait rien d’anormal dans la chambre, tout était en ordre : Ils ne voulaient pas toucher à la chambre de Nicolas, cela leur laissait au moins un souvenir de lui. Parfois Carole y venait pour s’asseoir sur son lit, et restait là souvent longtemps, immergée dans sa tristesse. Marc sortit de ses pensées, et se rendit compte que Carole se tenait au pas de la porte et le regardait.

     « Pffff, personne ici non plus !

     - Et pour le réveil ?

     - A l’heure, et réglé pour sonner à quatre heures.

     - Mais tu l’as remonté récemment ?

     - Non… ces réveils mécaniques, ça ne dure pas plus de deux jours sans être remontés, et ça fait deux semaines qu’il ne l’a pas été.

     - Peut être qu’il a juste tressauté un peu, et …

     - Dans ce cas la sonnerie n’aurait pas duré comme ça. Non, j’en suis sur, il y a quelqu’un qui nous joue une sale blague, enfin, j’espère que c’en est une. »

     - Marc, j’ai peur, vraiment peur. Il faut qu’on appelle la police.

     - Heu, ils risquent de ne pas arriver tout de suite… mais… Oui tu as raison, on ne va pas rester ici seuls comme ça. De toute façon je ne sais plus quoi faire. »

 

     Il n’y avait pas de téléphone à l’étage. Il s’apprêtaient donc à descendre pour téléphoner quand une voix se fit entendre au rez-de-chaussée.

     « Alors on flippe les vieux ? »

     Marc et Carole s’arrêtèrent net de bouger. La surprise mêlée à l’effroi s’empara d’eux comme un éclair, hérissant leur poil, et crispant leur visage au passage. Marc serrait très fort la rampe de l’escalier, il repris son calme aussi vite qu’il pouvait : Bon il y a quelqu’un dans la maison, là c’est sur… C’est une voix d’adolescent, j’ai bien entendu, juste une voix d’adolescent, alors ça ne sert à rien d’avoir peur. Ca doit être un sale gosse qui veut nous faire peur… si je le choppe…il mériterait une sacrée rouste. Subitement il sortit de ses pensées et releva la tête.

     « Sale petit con ! Qu’est ce que tu fous dans notre maison !

     - …

     - Tu vas te montrer oui ?

     - …

     - Aaaah ! faire peur aux gens c’est facile, mais avoir du cran c’est autre chose, hein ?

     - …

     - Tes couilles, tu te les as bouffées ?

     - …

     - Mais tu vas répondre à la fin, sale petit connard !

     Mais aucune réponse ne vint. Marc avait viré au rouge et respirait bruyamment, ses yeux regardaient dans le vide devant lui, il semblait hors de lui. Carole, un peu effrayée de voir son mari dans un tel état, lui dit de la voix la plus douce.

     « Chéri, le mieux à faire c’est d’appeler la police.

     - …

     - Marc… allez… s’il te plait.

     - Oui, d’accord. »

 

     Carole, toujours emmitouflée dans sa robe de chambre, serrant plus que jamais son couteau à la main, descendit les quelques marches qui la séparait de Marc. Une fois à son niveau ils descendirent tous les deux d’un même pas. Ils marchaient lentement, à l’écoute du moindre bruit… Le seul qui se faisait entendre était le grincement des marches de l’escalier, qui, seul son dans le silence de la nuit, angoissait un cran de plus Carole et Marc.

     A la dernière marche, Marc fit signe à Carole de s’arrêter, il scruta autour de lui, et couteau en avant descendit la dernière marche. Il regardait sur son côté pour vérifier que personne n’allait surgir du coin du mur. Sur le palier il regarda de nouveau autour de lui. Mais il ne vit personne, et personne ne s’était jeté sur lui.

     Carole sursauta dès les premiers mots de Marc : il hurlait, elle l’avait rarement entendu crier, et elle ne s’y attendait pas.

     « Bon dieu, j’en ai marre sale petit con ! montre toi à la fin, que je te fiche dehors ! Car sinon, si je te trouve, tu vas te prendre une sacrée raclée ! »

     - …

     - Sale gosse, t’es qu’un sale gosse !… Ca t’amuse ça ?

     - Alors c’est triste ce qui vous arrive… Oooooohhhh, le petit chéri à sa maman, il est tout mort ! »

     Marc fut parcouru d’un frisson, la voix venait juste d’à côté de lui, de la cage d’escalier pour descendre à la cave. Passée la surprise, serrant son couteau de toutes ses forces, il agrippa la poignée de la porte, et l’ouvrit d’un geste très brutal. La lumière n’était pas allumée dans la cage d’escalier, il eu juste le temps de discerner une ombre filante se mouvoir puis disparaître : à peine le temps de la discerner qu’elle n’était déjà plus visible. Sans attendre il appuya sur l’interrupteur pour allumer la lumière. Puis s’adressant vers le bas de l’escalier, il hurla :

     « Sale petit con t’es dingue ou quoi ? Qu’est ce que tu veux ? Que je te charcutes à coup de couteau ? Arrête de parler de notre fils, ou si je te choppe je vais te tuer ! »

     Mais il n’y eu pas de réponse. Marc était hors de lui, les larmes aux yeux tellement il n’arrivait plus à contenir sa fureur. Sans même prêter attention à Carole, qui effrayée l’observait impuissante, ne sachant plus trop quoi faire, Il se mit à dévaler l’escalier à toute allure. Une fois au seuil il se précipita sur les interrupteurs à sa portée pour allumer la lumière dans chaque pièce. Carole était arrivée au milieu de l’escalier de la cave, quand elle poussa un petit cri de surprise : La voix retenti de nouveau, juste quelques mètres derrière elle, au rez-de-chaussée.

     « Alors au fait vous comptez refaire un mioche ? Héhé, les paquets de viande, c’est comme les fleurs, ça va mieux en nombre impair ! … Ou alors prenez un chat ou un chien ! Ca fait moins de bruit !.

     - Je vais te tuer sale petit con ! »

     Marc remonta l’escalier en courant, doublant et bousculant Carole au passage, qui faillit tomber. Arrivé en haut, il s’arrêta, il n’y avait personne dans le couloir. Il couru dans la chambre et dans la cuisine pour voir, mais il n’y avait rien non plus. Nerveusement épuisé, ayant trop entendu ces paroles horribles, il n’en pouvait plus, et s’asseya en bas de l’escalier. Carole remonté de la cave s’accroupit devant lui, plongeant son regard dans le sien, cherchant à capter son attention.

     « Ca va aller Marc ? … tu me fait peur.

     - Appelle la police, appelle la police s’il te plait. »

 

     Le téléphone se trouvait dans le couloir, Carole ne fit que quelques pas et s’en saisit, Marc pendant ce temps là restait assis sur les marches, tête baissée, mains pendantes, le couteau posé entre ses jambes. Carole porta le combiné à son oreille et fit le 17, elle regardait Marc, constatant impuissante l’état abattu dans lequel il était. Dès la première sonnerie, une voix féminine répondit :

     « Commissariat de Barelot, je vous écoute.

     - Il y quelqu’un dans la maison !

     - Vous l’avez vu ?

     - Non, mais j’ai peur, il rôde dans les pièces, il dit des choses sur notre fils….il est mort il y a deux semaines, et…

     - Je vois, je vais vous faire venir un agent. Donnez moi votre nom, prénom et adresse s’il vous plait.

     - Marc et Carole Duval, au 110 rue Pasteur à Barelot.

     - …

     - Assez loin du centre ville.

     - Oui d’accord, je vois… Un agent va venir, il sera sur place dans cinq à dix minutes.

     - Dans cinq à dix minutes c’est bien ça ?

     - C’est ça.

     - Merci beaucoup.

     - Au revoir madame.

     - Au revoir. »

     Et la femme du commissariat raccrocha. Carole posa le téléphone précautionneusement, sans faire trop de bruit. Marc n’avait pas bougé, il l’inquiétait beaucoup.

     « Marc, ça va ?

     - Mouais.

     - Tu as entendu ? un policier va passer, il sera …

     - Oui il sera là dans cinq à dix minutes, j’ai entendu.

     - Il faut attendre maintenant.

     - Quel sale petit connard.

     - Oui, c’est sur, mais il vaut mieux rester calme, et attendre, non ?

     - Peut être, mais quel sale con quand même.

     - Il est peut être parti maintenant.

     - Peut être… »

     Carole s’avança jusqu’à l’escalier, monta les deux premières marches, et s’assit aux côtés de Marc. Elle mis son bras autour de la taille de son mari et posa la tête sur son épaule. Marc ne broncha pas, elle ferma les yeux, et attendit.

 

     Cela faisait deux ou trois minutes qu’ils étaient assis sur l’escalier à attendre sans bouger la venue du policier, quand la voix repris :

     « Bouhouhou ! C’est triste hein ? Je vous embête à parler comme ça, hein ? Oh les pauvre chéris, ils ont perdus le bout de viande qu’ils ont fait, et un méchant monsieur vient maintenant les embêter !

     - Ta gueule ! Tu vas la fermer ta gueule ! Bon dieu, boucle là ! »

     Marc avait répondu en hurlant, il était resté assis, et regardait vers le haut : La voix venait maintenant de l’étage, comment cela se pouvait alors qu’ils étaient assis sur l’escalier, il ne le savaient pas trop : Il a sûrement du poser des enceintes de chaîne hi-fi dans la maison, pensait Marc. Puis la voix reprit :

     « Au fait Carole, j’oubliais de te dire quelque chose… SALUT SALE GROGNASSE ! »

     la voix s’était subitement transformée, ce n’était plus la voix d’un adolescent qui parlait, elle était devenu très grave, caverneuse, elle était bien plus forte et ne venait plus du haut, mais de tous les étages à la fois : Si il y avait des enceintes dans la maison, il devait y en avoir partout. Le sang de Carole ne fit qu’un tour, ce qu’elle compris provoqua en elle une réaction de panique, une décharge électrique la parcouru, elle inspira une grande bouffée d’air, mains crispée, yeux écarquillés.

     « C’est la voix de mon cauchemar ! C’est la voix de mon cauchemar ! C’est la voix de … 

     - Carole qu’est ce qu’il y a bon dieu ! »

     Marc l’avait saisit par les épaules et la secouait frénétiquement, elle paraissait complètement hors d’elle.

     «  Marc, on sort d’ici, je ne reste pas dans cette maison, ON SORT D’ICI VITE. »

     Sans attendre de réponse, elle se leva des marches, couru jusqu’à la porte d’entrée, tourna la poignée, essaya d’ouvrir la porte, elle devait être fermée, elle ne s’ouvrait pas. Elle saisit frénétiquement les clefs qui se trouvaient dans la serrure et les tourna, mais elle se bloquaient comme si la porte n’était pas fermée à clef. Hystérique, elle continua à tirer la porte de toutes ses forces.

     « Hummmphhh ! Bordel, elle ne s’ouvre pas, merde !

     Marc couru pour lui venir en aide. Il s’efforçait à son tour d’ouvrir la porte, tirant de toutes ses forces et essayant de faire tourner les clefs comme il pouvait, quand la voix reprit, toujours aussi grave, carveneuse, rauque, venant toujours de partout à la fois, très forte et grondante.

     « Alors les souris, on se sent piégés ? Je suis comme un gros chat, j’aime bien jouer avec mes proies avant de les achever !… Au fait, pour Nicolas, je peux vous garantir une chose, je me suis bien amusé avec lui ! Il était mort de peur ! Ah ah ah ! »

     Marc et Carole ne prêtaient même plus attention à ce que disais la voix, il fallait qu’ils sortent, c’était tout ce qui comptait.

     «  Marc il y a la hache en bas !

     - Oui. »

     Ils coururent tous deux jusqu’en bas, dans la cave, Marc ouvrit le placard sous son établi et fouillait. La voix continuait à vociférer.

     « Que vous êtes beau ! c’est tellement attendrissant de vous voir gesticuler dans tous les sens pour sauver votre peau. Vous savez quand même un truc, non ? Un jour ou l’autre vous allez y passer ! Courrez si vous voulez ! Tôt ou tard il faudra s’arrêter. Ggggggrrrrrrr ! Quel pied je prend ! Vous me faites vraiment plaisir vous deux ! »

     Aucun des deux ne prêtait attention. Marc trouva la hache, bien caché au fond du placard. Il remonta tout de suite, Carole le suivant de près, jamais elle ne serait restée seule à l’attendre au rez-de-chaussée ! Elle était complètement terrorisée par la situation.

 

     Marc arriva devant la porte, posa la hache appuyée contre le mur, saisit les clefs et la poignée et essaya encore de l’ouvrir… toujours en vain. Il se saisit alors de la hache à deux mains, la fit passer derrière sa tête, prit une grande inspiration, regard fixe, yeux grand ouverts. D’un violent geste circulaire il fit s’abattre la hache sur la porte, qui violemment s’ouvrit juste à ce moment là. La hache vint heurter la porte en mouvement avec une grande violence, ce qui l’emporta sur le côté, l’éjectant des mains de Marc. Celui-ci avait maintenant le regard qui pointait au dehors, et dans cette fraction de seconde, il pu voir sur le seuil de la porte une ombre massive, noire, qui se détachait assez du bleu sombre de la nuit pour être discerné. Son attention, encore captivée par sa vision de l’ombre fut détournée par un tout petit début de cri suivit d’un « plotch » qui survint sur son côté gauche. Il se tourna et vit sa hache, plantée dans le cou de Carole, yeux exorbités, elle émettait une espèce de gargouillis. La hache glissa, tomba au sol en émettant un « gling » bruyant sur le carrelage qui s’en trouva effrité par le choc. La hache laissa béante une fente énorme au cou de Carole, le sang dégoulinait de tout le tour de son cou. Le haut de sa robe de chambre avait déjà passé entièrement au rouge quand la fente s’élargit de plus en plus. Puis la tête se renversa sur le côté, elle n’était plus rattaché au tronc que par un lambeau de chair. De la carotide giclait par pulsation de petits jets de sang qui allaient de moins en moins haut, jusqu’à s’estomper, le cœur arrêtant de battre. Carole s‘effondra par terre. La tête se détachant du corps sous le choc, alla rouler sur le carrelage du couloir jusqu’à heurter le mur.

     Le corps sans tête et sans vie de Carole baignait, par terre, dans une mare de sang. Marc n’avait pas bougé, tout s’était passé si vite, tout au plus une poignée de secondes. Il regardait à terre se demandant si ce qu’il voyait était vrai ou un cauchemar. Il se laissa tomber à genoux, et au pieds de Carole il fixa sa tête qui se trouvait à deux mètres du corps. A peine eut il eu le temps de sentir la convulsion de son estomac, qu’il se mit à vomir. N’ayant eu le temps de réagir il ne put que faire le constat de se voir ainsi couvrir les pieds de sa femme des restes de son repas.

     Il entendit derrière lui la porte de la cave s’ouvrir violemment. Il eu juste le temps de tourner la tête pour rapidement discerner une bête d’au moins deux mètres de haut, au corps massif, velu et noir qui avançait d’un pas rapide et  lourd vers lui. Il n’eut même pas le temps de réagir que la bête l’avait saisit par les cheveux, elle ne prononça ni n’émit aucune son. La tête de Marc émis un « ploc » sourd quand il la lui fracassa contre le mur. Toujours en le tirant par les cheveux, la bête le traîna jusqu’à l’escalier de la cave, Marc, assommé, restait inconscient. La bête claqua la porte avec violence, et au « blam » qu’elle fit suivit le silence, plus un bruit, plus un son.

 

     La police arriva deux minutes plus tard, la porte de la maison était toujours ouverte et le policier put constater le drame avant même d’entrer. Il appela sans hésiter plus longtemps le commissariat. Trois heures plus tard, à sept heures du matin, il finissait sa nuit et s’apprêtait à rentrer chez lui :

     « Putain, c’est moche là… vraiment moche.

     - Quand même, quand elle à appelé, elle disait qu’il y avait quelqu’un dans la maison… J’ai écouté l’enregistrement, elle ne parle pas de son mari, et on ne l‘entend pas.

     - On n’a toujours pas retrouvé le corps du mari ?

     - Non, et moi je te dis qu’on ne le retrouvera pas. Ils ont perdu leur enfant il y a deux semaines, ça semble clair : il a pété les plombs.

     - Et a tué sa femme… ouais… peut être.

     - Je te le dis ! On ne retrouvera pas son corps ! Il a décapité sa femme à la hache ce dingue ! Sur le coup ça à du quand même lui faire un choc quand même ! … Il a vomi. Puis il c’est rendu compte de ce qu’il à fait, et s’est barré.

     - Pfff ! eh bien je préférerais qu’on retrouve son corps… Bon allez ! c’est l’heure pour moi, j’ai fini ma nuit, et je rentre me coucher. Je ne sais pas si j’arriverai à dormir, et je ne pense pas que j’y arriverai, mais je veux voir autre chose, j’ai eu ma dose pour la nuit.

     - A ce soir alors

     - Ouais à ce soir. »